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Rencontre Michel Mazoyer André Veillas, le 15 avril 2006

Michel Mazoyer. Vous exposez à Hérisson du 12 au 23 juillet à Hérisson. Pourquoi Hérisson ?
André Veillas. Ce sont les souvenirs de l'Académie du Vernet et de J. Gaulme. Sans lui je n'aurais jamais connu Hérisson. L'Académie du Vernet se réunissait de temps en temps à Hérisson et plusieurs de ses membres y ont exposé.

M.M. Vous avez fait une grande exposition l'année dernière à Vichy où vous avez connu un beau succès. Quelles étaient les structures et les orientations de cette exposition ? S'agissait-il d'une rétrospective ou au contraire d'une manifestation centrée sur des œuvres fréquentes ?
A. V. Il s'agissait d'une manifestation centrée sur des œuvres récentes. J'ai exposé une cinquantaine de toiles des deux dernières années. Au décès de Simone [mon épouse], on m'a proposé une exposition à Chamalières, puis on m'a dit que j'aurais dû faire cette exposition à Vichy.

M.M. Par rapport à l'ensemble de votre production que représente cette exposition ? S'agissait d'une rupture ou d'un continuité dans votre œuvre ?
A. V. Ni rupture ni nouvelle orientation, mais d'une évolution. Plus on travaille, plus l'évolution est rapide. Ce n'est pas une rupture mais une évolution c'est-à-dire une suite logique.

M. M. Quelle sorte d'évolution ?
A V. Dans les couleurs, c'est un peu plus coloré. Tous ceux qui font de la peinture rêvent de quelque chose qu'ils ne feront pas, on évolue sans arrêt.

M.M. Et votre évolution dans l'utilisation de la matière ?
A. V. Les matériaux sont les mêmes utilisés différemment. Le collage est une solution de facilité. Mais je n'ai rien contre.

M.M. Vos anciennes peintures étaient plus sombres.
A.V. J'ai étudié beaucoup les clairs-obscurs. Je pars des valeurs foncées. On n'invente rien, on aménage les choses. On ne fait jamais de révolution. Tout a toujours été dit. Il y a une part de besogne et d'artisanat mais aussi une part de création.

M.M. Prendre toujours les mêmes éléments, c'est un peu de l'artisanat ?
A.V. Non, car c'est à l'infini. La façon d'organiser une surface, c'est comme la musique, c'est limité à sept notes mais c'est sans limite.

M.M. Que pensez-vous de la peinture figurative ?
A.V. Je l'ai pratiquée, mais j'ai pensé que la peinture était autre chose que cela. Elle rassure ceux qui le regardent car ils ont compris. Moi je les laisse libres, pas de titre, pas de figuration. Je m'arrange pour supprimer toute forme. Pour que chacun y trouve ce qu'il a envie.

M.M. Quelles sont vos couleurs préférées ? Vos rouges et vos bleus sont particulièrement remarquables.
A.V. Il y a un symbolisme des couleurs, mais il y a une part de hasard. Du fait des mélanges, je ne recherche pas certaines couleurs. Où l'on peut le moins tricher c'est dans le dessin ; dans la peinture cela dépend de l'outil, on ne peut pas savoir.

M.M. Les critiques ont parlé à propos de votre œuvre de peinture métaphysique ? Qu'en pensez-vous ?
Si l'on veut signifier une recherche d'absolu ou de l'infini, tout le monde recherche l'absolu, l'infini. Veut-on parler de regard cosmique à la façon de Pascal ? Je n'en suis pas à m'analyser à ce point. J'ai peu de liberté, chaque couleur appelle une autre, mais je suis marqué pour aller de gauche à droite. Je rentre dans le sens de la lecture de celui qui regarde mon travail. La peinture repose sur une confrontation à l'autre, un travail de solitaire qui rencontrera autrui à un certain moment. La lecture qu'on fait de mon oeuvre m'échappe en quelque sorte. Mon oeuvre a ses lois propres, qui échappent en grande partie à mon initiative.

Interview d'André Veillas par Michel Mazoyer, le 15 avril 2006


Michel Mazoyer
A quelle occasion avez-vous rencontré Jacques Gaulme ?
André Veillas
J'ai rencontré Jacques Gaulme à l'occasion d'un vernissage de l'Académie du Vernet, car Jacques était alors déjà membre de cette Académie avec Hélène, la première fois que je me suis rendu à ce vernissage. Pour moi, c'était important, car j'ai travaillé longtemps seul. Il y avait aussi Chabert que j'admirais beaucoup et auquel je n'ai jamais osé parler. J. Gaulme me semblait plus près de moi. J. Gaulme ne cherchait pas à vendre, ne cherchait pas à plaire, ce n'était pas un " peintre de galerie ". Puis nous sommes devenus amis, à l'époque j'étais tailleur, j lui ai fait deux ou trois costumes en velours.

M.M. A quelle époque remontre cette rencontre ?
A. V. Je n'exposais pas encore à l'Académie. J'exposais au Salon d'hiver dans les années 60. L'Académie du Vernet existait depuis 1948 et en faire partie était un rêve. On ne pouvait pas ne pas être copain avec Jacques. Un jour on s'était " engueulé ", il s'est levé, il a pris la parole et il a ramené les choses à la réalité. On a cessé de " s'engueuler ". Ce n'était pas le Parisien qui descendait en province, c'était un copain qui venait à notre rencontre.

M.M. Comment définir la peinture de J. Gaulme ?
A.V. C'est un peinture de poète doublée d'une excellente technique. Sa démarche c'est de la poésie.

M.M. Et son épouse ?
A.V. Je l'ai moins connue. Je m'intéressais plus à peinture qu'à la gravure

M.M. Qu'est ce qui est le plus important dans la peinture de J. Gaume, le dessin ou la couleur ?
A.V. Chez lui, le dessin passe avant la couleur. Ses couleurs reflètent sa personnalité

M.M. Le théâtre a-t-il eu influence sur son œuvre ?
Il était titulaire de la chaire de scénographie à l'Ecole Blanche. Mais je ne savais pas ce qu'il faisait, il n'en parlait pas. Mais l'enseignement est incompatible avec la création. C'était un poète, un fantaisiste aussi bien dans sa peinture que dans ses écrits. Il ne s'est jamais pris au sérieux.


M. M. Justement on le rapproche des dadaïstes en particulier. A-t-il été influencé par les " écoles " de son époque ?
A. V. Il a développé une peinture indépendante. Gaulme c'est Gaulme. Si certains l'ont marqué, il reste très indépendant. Il est ouvert à certaines formes de peinture, dès lors que c'était de la bonne peinture.

M.M. Quelle attitude avait-il à l'égard des jeunes peintres ?
Il a exposé avec beaucoup de jeunes peintres dans beaucoup de salons, aux Arts bourbonnais en particulier. Avec Chabert et Boucard il mettait des toiles, ce qui m'a permis de comparer mon travail avec le leur. Ils ne craignaient pas d'en mettre et non pas pour être le meilleur d'une expo. C'était une marque d'amitié.

 
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