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Vladimir Tchernychev
Vladimir Tchernychev ou le fabricant de rêves
 

L’invention permet à l’artiste de restituer un monde qui se situe à la frontière de l’imaginaire, un univers irréel plus réel que le monde réel, de révéler un sens caché du monde. La formation d’un être hybride susceptible de dégager la nature première de la femme obéit à cette recherche (La Soif, Chrysalide, La Danse du papillon). Femme insecte, femme-papillon. On s’enchante de ces corps qui se transforment par le recours à la substitution ou l’addition d’un accessoire.

On est ravi, étonné, ici et là par un détail inattendu, globalement, par la luxuriance du réel qui repose sur le recours systématique à la métaphore et à la métonymie (La Société, Après le bal). Les êtres et les objets réunis sur la toile appartiennent à des milieux, à des domaines différents, mais sont assemblés par le peintre qui crée ainsi un monde onirique dans lequel l’esthétique se mêle à la métaphysique (Une Journée ordinaire, Poisson métaphysique). Pour l’artiste qui s’interroge sur le sens profond du quotidien, il ne semble pas exister de démarcation véritable entre les éléments du concret et de l’imaginaire. La nature, quant à elle, paraît elle-même se dévoiler à certains moments privilégiés, fugitifs, que le peintre seul est capable d’isoler et de restituer.

Les sources de l’univers pictural sont mobilisées pour suggérer ce décryptage du réel. Le jeu de la lumière, le dialogue des couleurs, la composition restituent une lecture inépuisable d’un grand foisonnement. Symbolisme où cohabitent sur la même toile une sophistication raffinée suggérée par des courbes et une subtile naïveté empruntée à l’art populaire russe, évoquée par les couleurs vives où l’orange domine (Vent de printemps, Les Sœurs).

Regard volontairement naïf de l’artiste posé sur la nature, la femme et l’animal. Monde d’un grand raffinement dominé par une jubilation et une certaine forme de spiritualité, où s’associent pour notre plus grand plaisir une délicatesse extrême et une banalité nous renvoyant au quotidien.

La caricature et l’humour ne sont pas absents de ces toiles, mais toujours au service d’une méditation sur l’existence (Le Connaisseur, Au Vernissage, A votre santé !).

Evocation d’un instant enfoui, disparu dont seule la peinture est capable de restituer le souvenir. Nostalgie d’un monde évanoui, que l’on contemple comme un univers de carte postale.

Mais c’est le plus souvent la vie en mouvement qui retient son attention. A la manière d’un décorateur de théâtre, il se plaît à raconter, mettre en scène, magnifier, - sans doute un héritage de son travail de scénographe dans les théâtres de Saint-Pétersbourg (Casanova, Evguéni Oniéguine).

La peinture de Tchernychev, c’est le triomphe de la poésie et la poésie de la vie.

Christine Gaulme

 
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