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Chant d'Islande

Toi, peuple dont la misère est l'héritage,
privé et assoiffé auprès de l'abondance des sources de la vie,
petite nation qui expie de lourds péchés,
lève en œuvrant
l'étendard de la volonté !
La volonté est tout ce qu'il te faut.
Crois en ton propre pouvoir, non aux miracles.
Attèle-toi à la charrue. Il y a du pain sur la planche.
Les rêves livresques,
les radotages,
troque-les contre la veille et le labeur.

Toi, fils d'une race pugnace !
Ne jette pas un regard nostalgique sur la mer,
ne te penche pas sur la ferme ancienne et déchue,
construis en une neuve,
claire, chaude,
détruis les ruines de l'autre.
Regarde au dehors et tiens-toi le pour dit, mon ami,
regarde au dehors et n'oublie pas notre mère.
Ne dénigre jamais le pays,
ne romps jamais le lien,
le commandement de ton cœur.

Tu demeures au bord de la mer,
sans moyens d'existence au bord des célèbres zones de pêche,
sans grandes prises, bien qu' on aille sur les bancs de poissons,
mais la mer qui clapote par une belle journée
ne donne pas grand-chose à la terre.
As-tu su ce qui a échu au Français ?
La chaloupe est trop petite, la morue est plus loin.
A quoi bon longtemps
veiller, les gars,
sans rien faire, sur le sable, en haut de la plage ?

Et regarde chez toi la ferme.
Jusqu'en haut des plateaux, ce sont des pâtures sans fin,
et jusqu'aux demeures ruinées, ce sont des campagnes désolées.
Les marais pourris, détériorés, sont
sarclés par des domestiques impertinents.
Et le pré clos aussi. Vois-tu sous le côté éventé,
paysan heureux, les vestiges de l'enclos ?
C'est ainsi qu'il a habité,
c'est ainsi qu'il a fauché jusqu'ici,
lui, et non pas toi.

Voici que sur les terres et les mers
vides et à l'abandon il y a le soleil qui luit dans le ciel.
Ici, il y a sûrement, même si la nuit est longue vers la Noël,
plus à travailler qu'à tisser et à filer
si l'on y prend garde.
On dort pour le malheur et la pire nécessité.
Ne t'enfuis pas. Tu n'as pas dormi jusqu'à la mort.
Ceux qui veulent
veiller et discerner
trouvent toujours mille moyens de s'en sortir.

Et toi, nation dotée de nombreux dons !
N'oublie pas qui t'a plongé dans ce sommeil,
qui a tué et étouffé tout signe de vie en Islande,
qui a recueilli
dans son escarcelle
tes années de famine,
ton préjudice, tes larmes.
Discerne bien où le bât te blesse.
Discerne qui t'a mis et te maintient dans les chaînes.
Il ne faut rien oublier,
ni à Copenhague, ni chez nous.
Salut à toi, lignée de mes aïeux !


Nordurljós (déjà publié en 1896)
Aurores boréales

Le fils de la poussière sait-il vision plus glorieuse
que la haute salle des seigneurs dans la flamme de l'ambre ?
Voir les prairies et les baies sous l'arc à voûte dorée !
Qui peut désormais trouver plaisir au jeu ou au vin ?
La terre elle-même est pure comme une jene fille vêtue de lin,
et s'assoupit dans les roses fânées de l'automne.
Chaque grain de sable brille aux couleurs de l'air
et les ruisseaux s'embrassent dans les embouchures argentées.
Au sein du monde extérieur tout est feu et parure
dans l'ondulation des aurores boréales.

Du septième ciel aux confins de la mer
montent les soleils dansants devant les tentures ouvertes,
et les ondes de la mer de lumière, aux plis virevoltants,
déferlent et bouillonnent contre le rivage de l'ombre.
C'est comme si une main cachée
s'amusait à faire un cercle avec des sceptres et des anneaux étincelants.
Maintenant, tout ce qui est mort fixe les pays de la vie
depuis les routes barrées, depuis les tumulus sombres,
et les rochers couverts de frimas dévisagent la mer silencieuse
et de leurs yeux cristallins lèvent le regard jusqu'au ciel.

Maintenant, tout ce pourquoi l'on vit et contre quoi l'on se bat
me paraît si mesquin et si bas.
Même si on me lance des cailloux, malgré la haine et les menaces,
je suis en paix avec toute âme mesquine.
Car le ciel bleu se voûte si clair et si haut.
Voici que chaque étoile sourit, bien que les espoirs soient trompeurs,
et la pensée s'élève dans les hauteurs,
voici que la force de Dieu respire dans le corps de la poussière.
Nous sentons notre énergie, nous connaissons cette nuit
notre droit de sujet au royaume de la lumière.-

O quelle n'est pas la puissance et la profondeur de la mer céleste
et des esnèques cinglant vers la haute mer qui parcourent la route !
Elles cherchent à atteindre le port quel que soit leur cap ou bien elles dévient.
Mais jamais oncques ne vit celui qui l'œil nous donna
- et les sources de la lumière n'ont jamais été découvertes ni expliquées.
C'est à genoux et avec leur bâton de pélerin,
que les hommes attendent auprès du temple de toute gloire.
Mais vide est tout cet espace et solidement verrouillée chaque porte
et silencieux l'esprit qui y habite.

 

 
Einar Benediktsson
 
UN HOMME DE DESIRS
Llivre de Patrick GUELPA
Préface de Régis BOYER

LES ELFES DES FALAISES
Regard sur la poésie islandaise